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Le Rassemblement National : Histoire d’une dédiabolisation

Dernière mise à jour : 26 févr.

Si aujourd’hui, les gouvernements successifs, les bouleversements politiques et la concentration des médias aux mains de personnes qui partagent pleinement ou en partie leurs idées ont permis au Rassemblement National (RN) d’améliorer leur image auprès d’une partie grandissante de la population, il est important de se rappeler les origines du parti et le fondement de leur idéologie.


Pour comprendre les origines du Rassemblement National, il faut remonter au XIXe siècle et à une affaire judiciaire qui a profondément divisée la société française. L’Affaire Dreyfus (1894–1906) et les débats qui l’ont accompagné ont vu naître deux camps. D’un côté, les dreyfusards soutient du capitaine Dreyfus qui défendent des valeurs républicaines, progressistes et de justice et de l’autre, les anti dreyfusards convaincus de la culpabilité du capitaine, qui incarnent une vision réactionnaire, nationaliste et souvent antisémitique. Ce dernier camp, en rejetant l’altérité et en défendant l’idée d’une « France pure », a posé les bases d’un discours nationaliste qui se retrouvera plus tard dans l’extrême droite française.

 

Les idées réactionnaires issues de l’Affaire Dreyfus vont contribué à forger une tradition dans laquelle le nationalisme virulent et l’hostilité envers les influences étrangères vont se perpétuer. Cette tradition a trouvé, au fil du temps, de nouvelles expressions au sein de partis qui revendiquent une vision radicale de la nation. Parmi les figures qui incarnent parfaitement cette vision, on retrouve Jacques Doriot. Né en 1898 à Bresles dans l’Oise, il incarne la mutation idéologique qui a marqué l’histoire politique française du XXe siècle.

 

Issu d’un milieu ouvrier et décoré pour son service pendant la Première Guerre mondiale, Doriot débute sa carrière politique en adhérant aux jeunesses communistes et en rejoignant le Parti communiste français. Rapidement, il se fait remarquer par son engagement et son charisme, devenant député de Saint-Denis en 1924 et maire en 1931. Toutefois, ses ambitions personnelles et ses tentatives de rapprochement avec les socialistes le conduisirent à rompre avec le PCF en 1934.

 

Exclu du parti communiste, Doriot fonde en 1936 le Parti populaire français (PPF) – un parti qui, bien que n’étant pas initialement conçu comme fasciste, adopte progressivement une idéologie mêlant nationalisme extrême, anticommunisme virulent et, dès la Seconde Guerre mondiale, collaboration active avec le régime nazi. Sous sa direction, le PPF prône un modèle de « totalitarisme national » inspiré à la fois par le fascisme italien et le nazisme allemand. Doriot s’engage lui-même dans la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) et combat sur le front de l’Est aux côtés des forces allemandes..

 

Cette évolution de Doriot, qui illustre comment le rejet d’une identité perçue comme étrangère et décadente a pu se transformer en une revendication de pureté nationale, préfigure en partie les discours adoptés aujourd’hui par le RN.

 

La fondation du FN

Avant Marine Le Pen puis Jordan Bardella, le visage du parti était l’un de ses fondateurs, Jean-Marie Le Pen. D’abord avocat puis tortionnaire en Algérie au nom de la France, Jean-Marie Le Pen se retrouve sans emploi en 1963. Avec le soutien de ses amis Phillipe Marçais (ancien député d’Alger), Léon Gaultier (ancien Waffen SS) et Pierre Durand (Journaliste et futur trésorier adjoint du Front National) il va fonder la Société d’études et de relations publiques (Serp) une société d’édition qui sera fortement critiquer pour avoir éditer des discours d’Hitler et l’hymne du parti Nazi.

 

A cette période Jean-Marie Le Pen va rencontrer François Duprat, négationniste et président du groupe d’extrême droite Ordre Nouveau. Cette rencontre sera décisive car Duprat voulant créer un mouvement plus « acceptable » par les électeurs pour rassembler les droites sera l’une des têtes pensantes du Front National pour l’unité française (abrégé FN), nom d’origine du RN.

 

A sa création le cinq octobre 1972, le FN rassemblait donc des anciens SS (comme Pierre Bousquet, trésorier du Parti), des royalistes, des pétainistes et des membres de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) une organisation terroriste française proche de l’extrême droite. Le parti va alors adopter son logo emblématique inspiré du parti fasciste le Mouvement Social Italien (MSI) en reprenant la flamme avec les couleurs du drapeau français.

 

L’objectif initial du parti était de fédérer les nationalistes et les mouvements anticommunistes. Dès la réunion privée à l’origine du parti, qui s’est tenue rue de Grenelle à Paris sous les auspices du mouvement Ordre Nouveau, le FN se positionne comme un mouvement nationaliste, anti-communiste et anti immigration. Il défend aussi une société conservatrice et un État fort.

 

 

De la marge aux sièges

Si le FN était un parti marginal dans ses premières années, les années 80 vont marquer un tournant dans sa place dans le paysage politique. En effet, à cette période, les questions autour de l’immigration et l’insécurité montaient au sein du débat public favorisant la propagation des idées du FN.

 

Dans ce contexte, le slogan du parti aux législatives de 1978 traduit très bien les idées que ce dernier porte à l’Assemblée nationale :


« 1 million de chômeurs, c’est 1 million d’immigrés en trop »

 

En 1983, le FN réalise une percée aux élections municipales de Dreux en s’alliant à la droite locale. Une première au vu du tabou autour de l’extrême droite. Cette victoire va marquer le début de la présence électorale du parti en France.

 

Le 13 février de l’année suivante, l’apparition du président du parti pour la première fois en tant qu’invité principal de l’émission nationale, l’Heure de vérité, va lui apporter une plus grande médiatisation et de plus en plus d’adhérents. La même année, il va remporter 11% des voix aux élections européennes. De plus, l’introduction de la proportionnelle aux législatives de 1986, sous François Mitterrand va permettre au FN de rentrer à l’Assemblée nationale avec 35 députés. Dans les années 90, le FN va s’imposer comme un acteur majeur de la politique française en se posant comme un parti d’opposition aux gouvernements successifs.

 

Si le parti gagne de l’influence, il fait face à de nombreuses querelles intestines notamment une scission en 1998 entre Bruno Mégret qui veut moderniser le parti et Jean Marie Le Pen qui refuse d’adoucir la ligne du parti. Ce schisme va entrainer le départ de Mégret avec de nombreux adhérents pour fonder le Mouvement National Républicain (MNR).

 

Pourtant, Jean-Marie Le Pen va atteindre en 2002, le second tour des élections présidentielles avec 16,86% et se retrouver en face de Jacques Chirac provoquant une onde de choc dans le paysage politique français.

 

Des manifestations anti-FN vont s’organiser et Jacques Chirac va refuser de participer au traditionnel débat d’entre deux tours. La quasi-totalité des candidats éliminées va appeler à voter contre Jean-Marie Le Pen – à l’exception de Bruno Mégret qui soutient Le Pen et des partis d’extrême gauche qui ne donnent aucune consigne – menant à un barrage contre lui.

 

 

Marine Le Pen; Du FN au RN

Le parti va véritablement se renforcer et se stabiliser à partir de 2011. Cette année-là, Marine Le Pen succède à son père à la présidence du parti. Elle se lance alors dans un processus de dédiabolisation du FN qui vise à améliorer l’image du parti auprès d’une large partie de la population en renvoyant notamment Jean-Marie Le Pen en 2015.

 

Les changements ne sont que de surface car les idées restes inchangées. Les propos de la nouvelle tête du parti et de sa famille témoignent de la persistance des idéaux nationalistes, conservateurs, racistes et xénophobes. Par exemple, Marine Le Pen parlera du fait que  « la France a des noirs et des jaunes » mais reste selon elle un pays de « race blanche chrétienne»

 

« Mes filles ont été élevées dans le racisme...Hitler à la télé elles devaient l’appeler tonton Dolfi » expliquera Pierrette Le Pen en interview

 

Le processus va pourtant avoir des effets concrets. D’abord, le parti va progresser en remportant des succès aux élections européennes de 2014 et 2019 et à plusieurs élections locales. En 2017, 15 ans après son père, Marine Le Pen va arriver au second tour des élections présidentielles, en seconde position juste derrière Emmanuel Macron. L’année suivante, elle va changer le nom du parti passant de Front National à Rassemblement National dans une volonté toujours plus grande de faire oublier le passé de ce dernier à l’opinion publique et de rompre avec son image controversée. En 2022, avec 41,45% des voix, Marine Le Pen va atteindre pour la deuxième fois consécutive le second tour des présidentielles et établir un record de voix pour l’Extrême droite française. En novembre de la même année, Jordan Bardella va être élu président du parti et être un nouvel instrument du projet de dédiabolisation du RN. Le nouveau président va incarner à travers TikTok, une figure « qui parle aux jeunes. »


Jordan Bardella (à gauche), et Marine Le Pen, s’adressent aux médias à l’issue d’une réunion avec le nouveau Premier ministre français, à l’hôtel Matignon à Paris, le 16 décembre 2024.
Au siège du FN, le candidat Duprat soutenu par J.-M. Le Pen (g) avant le premier tour des législatives de 78

Cette stratégie sera une nouvelle fois couronnée de succès car elle va permettre au Rassemblement National d’arriver en 2024, en tête des élections européennes. Les idées d’extrême droite ne cessent de gagner du terrain en France. Les politiques de plus en plus axées sur la sécurité et la répression, le chômage, la précarité ou encore les conséquences de la guerre Russo-Ukrainienne font monter un sentiment de peur et de rejet d’autrui, dont le RN a toujours fait son moteur.

 

Le RN est l’héritier et le symbole d’une vision de la France où l’identité nationale se construit sur une haine de tout ce qui sort des normes conservatrices et d’une «pureté» fantasmée.

 

Malgré cela la dédiabolisation continue du parti, fait toujours de Marine Le Pen une figure centrale du paysage politique français et une potentielle candidate pour les élections présidentielles de 2027.

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