top of page

Emmanuel Macron : portrait d’une déconnexion politique

Grèves, manifestations, changements de gouvernements interminables, comment le président de la République en est arrivé là ?

Portrait Officiel d'Emmanuel Macron
Portrait officiel d'Emmanuel Macron en 2017
“J’excercerai pleinement mon mandat jusqu'à son terme” annonçait déjà le président de la République en décembre 2024.

L’homme de 47 ans a depuis réitéré maintes fois sa volonté de rester en poste, bien que les appels à sa destitution pleuvent de part et d’autres chez les citoyens et soient repris par le parti d’opposition La France Insoumise. Leur leader Jean-Luc Mélenchon expliquait en effet ce 6 octobre que la France se trouve dans une “impasse” en ce jour de démission de Sébastien Lecornu. Le 5e premier ministre du second mandat d’Emmanuel Macron a effectivement lui aussi été contraint de démissionner après avoir présenté son gouvernement la veille, remportant le prix du mandat de premier ministre le plus court de la Ve République avec 27 jours seulement.


La responsabilité du président de la République dans la situation d’instabilité vécue en France jusqu’à présent et depuis quelques années est donc de plus en plus discutée et interrogée. D'où vient Emmanuel Macron et pourquoi le contexte dans lequel le pays est plongé est-il symptomatique de sa vision de la politique et de son parcours ? Était ce une trajectoire à prévoir ? L’homme qui a réalisé son mémoire de fin d’études sur Machiavel est amené à rendre des comptes et ne semble pas prêt à le faire, portrait du président de la République, un homme jugé déconnecté par beaucoup.


Un parcours de businessman technocrate

Né en 1977, fils de deux médecins, Emmanuel Macron fait son collège et son lycée à Amiens à La Providence, établissement privé catholique et termine son lycée à Henri IV à Paris. Après cela, il est admis en classe préparatoire Hypokhâgne et khâgne BL à l’issue de laquelle il entre à Sciences Po. Le jeune homme en sort diplômé avant de poursuivre ses études à l’ENA, établissement élitiste très sélectif, supprimé et remplacé en 2022 pour y promouvoir plus de méritocratie. Emmanuel Macron se retrouve alors dans la même promotion que d’autres futures personnalités politiques ou du monde des finances telles que Amélie Oudea Castera, Marguerite Berard ou Thomas Andrieu.


A la fin de ses études, Emmanuel Macron entre sur le marché du travail en tant qu'inspecteur des finances, puis devient banquier d’affaires chez la banque Rothschild avant de finalement entrer en politique. En 2012, il devient conseiller puis secrétaire général adjoint de l’Élysée sous François Hollande, et est nommé ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique dans le gouvernement Valls deux ans plus tard. En 2016, il démissionne du gouvernement et crée son propre mouvement, « La République En Marche ! », qui se veut être ni de droite ni de gauche, dépassant les clivages politiques habituels, centriste, libéral et pro-européen. Un appel au juste milieu, à la synthèse de l’applicable de la gauche et de la droite, pour reprendre les mots de François Bayrou, allié historique du président, qui se situe dans une mouvance politique similaire. En 2017, Macron remporte l’élection présidentielle face à Marine Le Pen. Son parti acquiert ensuite la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Son parcours évoque celui d’un technocrate pragmatique qui gère le pays comme on gère une entreprise. Il est réélu en 2022 pour un second mandat après un large appel à faire barrage à l’extrême droite au second tour, renforçant son narratif d’homme de raison, en dehors des conflits politiques, dont il se servira d’ailleurs maintes fois par la suite pour justifier son maintien à la tête de l’Etat.


Le mépris de la revendication sociale

Celui qui sur le principe souhaite incarner un consensus entre droite et gauche ne laisse que peu voire pas de place du tout pour les compromis. En effet, l’homme a rencontré une grande résistance sociale, qu’il choisit depuis les débuts soigneusement d’ignorer, voire de réprimer. Comme il le dit lui même, au plus profond de la crise des gilets jaunes, de 2018 “ce n’est pas le monde d’hier qui reviendra, c’est celui d’après”. Autre symbole de mépris de l’avis de la population : la réforme des retraites de 2023. Elle est elle aussi toujours en discussion et représente un sujet de discorde au sein des partis. Elle est par ailleurs rejetée chez les salariés à plus de 73%, selon un sondage de l’IFOP datant de janvier 2025.


“Je serai d'une détermination absolue et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes”. 

Ignorer l’avis clairement exprimé des français, telle est la mission que semble s’être donné Emmanuel Macron, comme il nous l’a une nouvelle fois démontré en 2024 après les résultats des législatives faisant suite à la dissolution de l’Assemblée Nationale. Le bloc de gauche avait obtenu une majorité relative, pourtant aucun des ministres nommés par le président et ses premiers ministres depuis n’en font partie. A l’inverse, nous avons vu défiler depuis Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu, tous issus du bloc présidentiel ou du centre droit. Comme le disait lui même Emmanuel Macron, il est un président ‘Jupitérien”, qui fait comme bon lui semble, se situant au-dessus des lois ou des volontés des personnes qui l’ont réélu. Reste à savoir quel sera son prochain geste, alors que la France est suspendue à ses décisions. Va-t-il s’octroyer les pleins pouvoirs comme le Général de Gaulle ou continuera-t-il le balais incessant des changements de gouvernement jusqu’à la fin de son mandat ?

Commentaires


bottom of page