L’effet DARVO ou pourquoi les accusations ne détruisent pas des carrières
- Harold MENSAH ATTOH

- 30 avr.
- 3 min de lecture
L’effet DARVO est une stratégie de manipulation utilisée par des personnes accusées d’agressions pour se défendre des dites accusations. Avec l’impact du mouvement #metoo sur la libération de la parole des femmes dans divers domaines, et l’explosion des affaires judiciaires mettant en cause des personnalités médiatiques ou politiques, ce phénomène devient de plus en plus présent dans l’espace public.

Ce terme, acronyme de “Nier, Attaquer, Inverser les rôles de victime et d’agresseur” (”Deny, Attack, Reverse Victim and Offender” en anglais) fait référence à la manière dont les agresseurs nient les abus qui leurs sont reprochez en attaquant les victimes et en se plaçant eux-mêmes en victimes. Introduit pour la première fois en 1997 par Jennifer J. Freyd une psychologue américaine spécialisée dans les traumas, il permet d’expliquer le comportement que l’on observe lorsqu’un acte répréhensible est reproché à un individu -spécialement en cas d’accusations d’abus sexuels-
Nier : Créer le doute
Le première étape de cet effet consiste à nier les accusations parfois malgré l’existence de preuves. La personne violente va commencer par minimiser voire nier totalement les faits qui lui sont reprochées. Par exemple, Donald Trump alors qu’il est accusé d’agression sexuelle sur E. Jean Carroll, s’est exprimé le 10 mai 2023 sur CNN en disant ne pas connaître la victime. “Je ne l'ai jamais rencontrée, cette histoire est fausse et montée de toutes pièces. Et je n'ai rien fait, vous savez pourquoi ? Parce que je ne sais pas qui elle est ! ” affirme-t-il devant la journaliste et ses supporters. L’objectif de cette première étape est selon Jennifer J. Freyd de semer le doute dans la tête de la victime, des témoins mais aussi du public en prenant ses distances vis-à-vis des faits.
Attaquer : discréditer la victime
Une fois le doute semé, l’étape suivante est de décrédibiliser la victime. En usant de tous les moyens possibles, l’agresseur, son entourage ou sa communauté s’en prend directement à l’estime de soi de la victime. Elle passe par une remise en cause de la santé mentale, des valeurs ou des motivations de la victime. Selon Women for Women France cette étape inclut généralement de répandre des informations fausses et préjudiciables sur la victime, de faire de fausses accusations de toxicomanie ou de graves problèmes de santé mentale à l'encontre de la victime, d’invoquer le traitement de santé mentale de la victime pour prétendre qu'elle est un parent inapte, d’engager des procédures judiciaires fondées sur de faux éléments ou encore de commettre des délits ou infractions, comme la fraude, au nom de la victime. Cette étape est essentielle pour préparer la dernière.
Inverser : se poser en victime
En s’appuyant sur les éventuelles réactions de la victime à l’étape précédente, l’agresseur accuse à son tour la victime. Nicole Bedera, doctorante en Sociologie à l’Université du Michigan, raconte dans une interview chez SBS Voices, le cas d’un homme accusé de viol qui ne cessait de répéter comment ces accusations avaient “ruinés sa vie”. Cette dernière observe aussi qu’il y a une augmentation de dépôts de plainte d’hommes accusés “comme le dépôt de poursuites en diffamation ou de plaintes de représailles visant à harceler ou à intimider une victime pour qu’elle abandonne son rapport initial” Cette dernière étape vise à déclencher chez autrui un sentiment d’empathie vis-à-vis de l’agresseur tout en permettant à ce dernier de renforcer son pouvoir sur la victime initiale.
Pourquoi l'effet DARVO est-il aussi efficace ?
Dans une étude publiée en 2017, les docteurs Freyd, Harsey et Zurbriggen, ont montrés qu’une exposition longue à l’effet DARVO au cours confrontation entrainait une présence accrue d’auto culpabilité chez les victimes. En 2020, les docteurs Freyd et Harsey vont exposés un échantillon d’individus à des histoires d’abus avant d’appliquer volontairement l’effet DARVO. Les résultats montrent que ce groupe a plus facilement cru l’agresseur plutôt que la victime.
D’après Nicole Bedera, le principe d’himpathie -terme inventé par la philosophe Kate Manne dans son livre Down Girl : The Logic of Misogyny- est important pour comprendre le fonctionnement de l’effet DARVO. “En général, nous avons tendance à sympathiser davantage avec les hommes qu’avec les femmes. Nous sommes à l’aise de demander aux femmes d’endurer le sexisme - y compris la violence - dans le cadre d’un rôle de genre féminin et de protéger la réputation et le pouvoir des hommes.” explique-t-elle.
Enfin, il est important de ne peut pas oublier l’impact du traitement médiatique des différentes affaires. “Chaque fois que les médias mettent l’accent sur ce qu’un homme risque de perdre en étant accusé d’agression sexuelle, ils renforcent le pouvoir de DARVO.” souligne Bedera.
Cet effet parfois méconnu est une composante charnière dans la culture du viol qui prédomine aujourd’hui. Il est important d’en avoir conscience face aux accusations de harcèlement et de violences sexuelles qui se multiplient.




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