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« J'étais passé de simples compétences sociales à "pourquoi les femmes sont-elles inférieures aux hommes?". »

Dernière mise à jour : 30 avr.

Ils se disent coachs en séduction, entrepreneurs, formateurs en ingénierie sociale, leurs fans détestent les femmes, poussent au conservatisme et si vous avez été présents sur internet récemment, vous n’avez pas pu manquer ces hommes qu’on appelle masculinistes ou incels. Thomas* a la vingtaine. Il y a quelques années, il faisait partie pendant « à peu près 1 an ou 1 an et demi » de ces hommes. Aujourd’hui, il revient sur son parcours au sein de cette communauté et surtout comment il s’en ai sorti.

*nom d'emprunt

(Image d'illustration) Photo de Christopher Campbell sur Unsplash
(Image d'illustration) Photo de Christopher Campbell sur Unsplash
  1. Comment êtes-vous tombé dans la sphère masculiniste ? Qu’est-ce qui vous y a attiré ?


"Je suis tombé dedans vers mes 17-18 ans, peu après une déception sentimentale, j'étais tombé par hasard sur une vidéo qui expliquait comment parler aux filles et l'algorithme de YouTube est si bien fait que, de fil en aiguille, une vidéo en appelait une autre. J'étais passé de simples compétences sociales à "pourquoi les femmes sont-elles inférieures aux hommes?". En plus de cela, j'avais absolument pas confiance en moi et souvent j'étais rejeté par les filles, donc fallait bien un coupable à tout ça. Ce qui m'a attiré dans ce genre de contenu, c'est de penser qu'après les avoir consommés, il y aurait de fortes chances que je devienne un homme plus fort et beaucoup plus confiant qu'avant avec les filles. J'avais l'impression que ceux qui publiaient ces vidéos me ressemblaient, étaient dans le même état que moi au même âge. Les types avaient des corps de rêves, des vies de rêves, et enchainaient les conquêtes...donc c'est facile de se projeter quand on a rien de tout ça. Et au même moment, en philo, on étudiait le stoïcisme, dont découle directement le mouvement Redpill. Ça n'a fait que confirmer ce que je devais faire avec les femmes malheureusement…"

 

  1. Combien de temps avez-vous partagé ces idées et fréquenté ces cercles ? Est-ce qu’il y a eu des conséquences réelles dans votre vie ?


"J'y suis resté à peu près 1 an/1 an et demi, ça s'est surtout amplifié quand je suis arrivé à la fac, sans faire exprès, quasiment toutes mes connaissances fréquentaient ces cercles, on se partageait des vidéos en masse, les résultats de nos performances en musculation, que je pratique toujours pour me vider la tête, ou on se mettait à noter des filles qu'on connaissait sur 10 et on se mettait à imaginer ce à quoi elle pouvait ressembler au lit, des trucs absolument abjecte. Chose complètement impensable pour moi aujourd'hui d'ailleurs...Pour ce qui est des conséquences, j'ai réussi à avoir une relation avec une fille pendant 1 mois à peine, on a vite compris que nous deux, ça collait pas du tout, à la limite du toxique même. J'agissais comme un robot, stoïque, sans émotions, c'était comme une carapace. Et puis, forcément ça m'a fait énormément mal, je me suis mis à me remettre en question, est ce que c'est moi le problème ou les autres? Au final, je suis tombé en dépression pendant 1 an, ajoutons à cela le blues du lycée vu que c'était ma première année à la fac. C'était la première qui m'acceptait tel que j'étais ou du moins tel que je voulais et pensais être. J'étais devenu quelqu'un de très cru dans ma façon de parler comme pour montrer ma dureté et ma force "masculine". Mais plus je regardais ce genre de contenu, plus je me renfermais sur moi-même, c'était comme un cercle vicieux, certains ne me reconnaissaient plus du tout. Les seules idées que je rejetais c’étaient des délires d'extrême droite qui parlait de l'immigration."

 

  1. Comment en êtes-vous sorti ?

 

"Tout simplement le jour où je suis tombé sur une vidéo qui débunkait tout ce qu'était le délire Redpill, avec une enquête autour de ce mouvement. Je me suis mis à discuter de ça avec des potes et j'ai vite compris que j'allais tout droit vers le mur si je continuais à être dans ce genre de cercles. Je me suis éloigné des gens qui me parlait du Redpill et bizarrement j'ai pu reprendre une vie normale et ai vaincu ma dépression en faisant la connaissance d'autres personnes à la fac qui m'ont énormément aidé à sortir de cette spirale infernale. En réalité, il me manquait une forme d'attention auprès de moi."

 

  1. Quel est votre rapport aux femmes aujourd’hui ?

 

"Aujourd'hui, je suis redevenu quelqu'un de respectueux avec les femmes, pas d'insultes, pas de clichés sur elles ou quoique ce soit. Quand j'échoue avec elles, je me dis pas qu'elles sont faites pour mentir ou alors sont inférieures aux hommes. Je me dis juste qu'elles n'ont pas envie sue le moment. Ce qui fait d'ailleurs que maintenant j'ai beaucoup plus d'amie que d'ami. Il fallait juste rester soi-même et avoir confiance en soi."

 

  1. Ressentez-vous une forme de honte vis-à-vis de cette période ?

 

"Est-ce que je peux dire que je ressens une forme de honte? Je pense que oui, je n'en ai jamais parlé à personne, mais elle est minime, maintenant je sensibilise mes cousins qui sont plus jeunes que moi à ce genre de démarche. Je me sens un peu comme un ancien drogué qui est passé par une cure de désintoxe. J'ai arrêté de consommer tous les contenus autour de ça et je mets même à commenter certaines vidéos histoire d'éclaircir l'esprit des jeunes qui passent par là. Pas sûr que ça ait beaucoup de résonnance mais au moins ça me permet de me racheter par rapport à tout ça."


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