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Défiance envers les médias : 25 ans de divorce

Depuis le début des années 2000, le paysage médiatique en France et dans le monde s’est fortement transformé. Autrefois garants d’une information rigoureuse et d’un contre-pouvoir, les journalistes sont aujourd’hui confrontés à une défiance croissante de la part du public. En 2024, selon le baromètre La Croix,  plus de 60 % des Français déclarent ne pas faire confiance aux médias pour transmettre une information fiable.

© Photo de Matheus Bertelli sur pexels
© Photo de Matheus Bertelli sur pexels

Pour comprendre le divorce entre médias et public, il faut se demander comment, au cours de ces 25 dernières années, de nombreux facteurs ont progressivement érodé la crédibilité de la presse, modifiant profondément les manières d’accéder à l’information.


Les réseaux sociaux, les agrégateurs et les plateformes de streaming se sont imposés ces dernières années comme des sources incontournables d’information pour le public. En 2023, selon Reuters, 54 % des Français ont affirmés utiliser ces plateformes comme principale source d’information. TikTok s’est progressivement imposé chez 25 % des 18–24 ans comme la source première d’information -et de désinformation-. La rapidité de diffusion sur ces supports oblige les médias traditionnels à s’adapter à un rythme effréné, parfois au détriment de la vérification rigoureuse des faits.


Diverses mutations économiques ont aussi profondément impacté le journalisme. En 20 ans, la diffusion papier des journaux français a chuté de 50 % selon les chiffres de l’ACPM. Cette chute a fortement fragilisée le modèle économique traditionnel et poussée à de nouvelles formes de financement des groupes de presse. Aujourd’hui, selon Reporter Sans Frontières, la publicité représente environ 70 % des revenus des médias, rendant les rédactions particulièrement dépendantes des annonceurs.


La dernière transformation majeure de la presse en France est liée à la précédente. Selon le diagramme 2023 du Monde Diplomatique sur la concentration des médias, 80 % des médias français sont désormais détenus par une poignée de milliardaires. (seulement neuf acteurs majeurs contrôlent une grande part du marché.)



Des transformations à une défiance qui menace le journalisme et la démocratie

De nombreux facteurs de défiance apparaissent aussi au sein de la population. Tout d’abord, La multiplication des sources d’information et l’essor des réseaux sociaux ont engendré un environnement saturé. Les réseaux sociaux particulièrement, entraînent un fort désintérêt du public vis-à-vis des médias traditionnels et facilite la désinformation. D’après une étude menée en 2018 par le MIT, sur X, une fausse information circule jusqu’à 6 fois plus vite qu’une information vérifiée. La facilité d’accès à ces informations donne à de nombreux internautes l’impression de les obtenir à la source.


Ensuite, face à la concentration des médias, une partie grandissante de la population souligne l’ingérence des mécènes et annonceurs dans la ligne éditoriale des journaux. D’après les chiffres 2022 de l’Ifop, 85 % des Français estiment que les médias sont sous influence et selon La Croix/Kantar, en 2024, 52 % des Français pensent que les journalistes ne sont pas suffisamment indépendants. Cette proximité réelle ou perçue altère aux yeux du public, la crédibilité de l’information diffusée. Pourtant, en France, il existe des gardes fous visant à préserver l’indépendance des médias comme l'ARCOM le gendarme de l'audiovisuel.


Enfin, les erreurs éditoriales, les approximations dans le traitement de dossiers sensibles et la sensation d’un manque de transparence quant aux processus de vérification contribuent largement à la perte de confiance. Pendant la guerre du Golfe, les médias ont joué un rôle déterminant en transformant le conflit en un spectacle mondial. Grâce à la diffusion en direct des frappes aériennes, ils ont offert au public des images inédites, renforçant ainsi le soutien international à l'intervention et légitimant l’action militaire. Quelques années plus tard, en 2003, les médias, en relayant largement des informations sur les supposées armes de destruction massive irakiennes, ont une nouvelle fois légitimé l’action militaire. Toutefois, l’absence de confirmations indépendantes ont rapidement remis en question leur authenticité. Face à de tels scandales et aux erreurs de traitement de l’information par certains médias, le public perçoit une dérive dans la rigueur journalistique.


Aux États-Unis, la confiance dans les médias traditionnels est passée de 47 % en 2019 à seulement 32 % en 2023 selon Gallup. Cette défiance mine non seulement la capacité des médias à informer, mais elle fragilise également le débat démocratique. Lorsque le public se sent trahi par des erreurs ou des biais, il tend à se replier sur des sources alternatives, parfois moins fiables, ce qui renforce la polarisation et le « zapping informationnel ».


Restaurer la confiance et renouveler le journalisme

Pour regagner la confiance du public, il est essentiel que les médias améliorent la transparence de leurs pratiques et le processus de vérification. Les médias traditionnels doivent augmenter leur présence sur les réseaux sociaux et, il est important d’avoir des journalistes qui représentent au mieux les différentes part de la société pour éviter les biais.


Enfin, pour garantir le pluralisme et l’indépendance, il est indispensable de soutenir les médias publics et d’envisager des régulations visant à limiter la concentration des médias. Des mesures législatives et des chartes déontologiques strictes sont nécessaires pour protéger la diversité éditoriale.

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