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Les femmes au défi du sexisme dans les médias sportifs

Depuis toujours, les femmes se voient écartées du sport et des médias ; cela étant dû à la discrimination de genre et aux milieux contrôlés par les hommes. Et même si aujourd’hui, on note une amélioration sur la médiatisation des femmes, elles continuent néanmoins à se heurter au sexisme. Nous avons interviewé 2 journalistes sportives, Anne Boyer et Ambre*, qui nous ont fait part de leur vision sur le sujet et de leurs combats.

Journaliste caucasienne à l'extérieur
Freepik

En 2023, le Haut Conseil d’Égalité entre les femmes et les hommes a publié un rapport sur la représentation féminine dans le numérique pour mettre en lumière les inégalités de genre. Il a donc conclu que, derrière les promesses d’égalité, le sexisme continue de persister : les femmes sont sous-représentées, caricaturées et insuffisamment recrutées dans les médias sportifs. 


Le monde numérique reste largement dominé par les hommes et donc reste enraciné dans une culture sexiste. Seulement 29 % des effectifs du numérique en France sont des femmes en 2020, dont 16 % dans les métiers techniques et 22 % dans les postes de direction. Cette sous-représentation garde donc ancrés les clichés et opinions sexistes sur les femmes incompétentes en matière de sport, les poussant à se mettre à l’écart. Et cette inégalité professionnelle prend ses sources dès le parcours éducatif, où la spécialisation genrée des filières écarte les filles des formations scientifiques ou technologiques.


Une invisibilité à cause d’un manque de confiance

Ce chiffre alerte Anne Boyer, commentatrice sportive pour Eurosport : “On manque cruellement de femmes au micro”, avoue-t-elle. “Malheureusement, on ne fait pas assez confiance à l’expertise des femmes. Celles qui commentent le sport masculin en tant qu'expertes se comptent sur les doigts d’une main”. Lors de l’interview, la journaliste a également expliqué que cette faible visibilité est due aux choix des rédactions qui préfèrent “inconsciemment” choisir des hommes pour couvrir des événements sportifs, car “ils s’imaginent qu’un homme est plus compétent qu’une femme et que c’est moins risqué en terme de savoir-faire”. Mais cette invisibilité est également causée par les auditeurs. En effet, les rédactions s’adaptent aux goûts des spectateurs qui, pour une grande majorité, reste marquée par les stéréotypes, et a donc tendance à rabaisser les femmes dans les médias sportifs. Cela a été le cas d’Anne qui a subi essentiellement du sexisme venant de la part des gens extérieurs qui se permettaient de remettre en question ses compétences et ses connaissances. 


Derrière cette méfiance, il y a aussi une fixation sur le physique, utilisé souvent comme vitrine pour certaines émissions. En effet, Ambre*, journaliste, pointe du doigt la pression que les rédactions font subir à leurs employées : « en plus d’avoir moins le droit à l’erreur, ils nous mettent une pression sur notre apparence qui doit être irréprochable ». Une pression que certaines femmes se mettent elles-mêmes, car “on s’attend qu’elles soient jolies, bien habillées, maquillées” alors que pour les hommes, les attentes physiques sont beaucoup moins présentes et strictes. Ambre* précise aussi que l’image de la femme propre et soignée est malheureusement “très ancrée chez nous et dans l’image de la femme qu’on s’est construite ” ; ce sont des injonctions de la société qui représentent le principal frein “qu’on se met à nous-même parce qu’on nous a inculqué cela”. Encore aujourd’hui, cette pression physique est loin d’avoir totalement évoluée et il faut faire « un gros travail sur soi » pour se libérer de ces barrières. 


Une situation qui s’améliore ? 

Avec le temps, les rapports s’accordent à dire que la place des femmes dans les médias s’améliore peu à peu. Selon le Ministère chargé de l’égalité entre les hommes et les femmes, la diffusion des sports féminins représentait entre 16 % et 20 % du volume horaire de diffusion de retransmissions sportives en 2018, contre 14 % en 2014 et 7 % en 2012. C’est aussi le cas pour les journalistes femmes, qui commencent à apparaître de plus en plus à l’écran et derrière les micros: “Cela s’améliore lentement, mais je pense que cela s’améliore malgré tout ” nous avoue Anne Boyer, optimiste dans l’évolution des genres. Si, aujourd’hui, le commentaire sportif est devenu le métier de ses rêves, la journaliste n’aurait jamais imaginé se lancer dans le journalisme sportif il y a quelques années. Elle nous a avoué avoir eu au début des aprioris sur les commentatrices, étant beaucoup plus habituée à entendre des hommes : “Il y avait ce cliché que la voix d’une femme était trop aigue, trop stridente et énervante à écouter. On m’avait inculqué que les hommes passaient mieux dans les médias sportifs”. Mais au fil du temps, en écoutant les rares commentatrices et en pratiquant elle-même cet exercice, son point de vue a changé : “Maintenant, j’apprécie quand ce sont des femmes qui parlent. Les mentalités évoluent, cela va dans le bon sens. Hommes ou femmes, nous sommes des commentateurs, il n’y a pas de différence à faire”. 


Les deux journalistes participent elles-mêmes dans le combat contre le sexisme. Elles ont rejoint l’association “Femmes Journalistes Sport”, créée en 2021. L’organisation opte pour la sensibilisation et l’éducation aux égalités de genre et veut tendre la main et donner des armes à la nouvelle génération, leur permettre de prendre la parole. “Nous voulons prouver qu’il y a autant de qualités chez les femmes et les hommes et voulons donner la place qu’elles méritent dans ce métier”. La commentatrice à Eurosport a déclaré donner des cours aux nouvelles adhérentes pour “les préparer et leur donner les clés nécessaires à leur réussite”. Comme sa collègue, Ambre* a également intégré le groupe afin d’aider les journalistes femmes qui veulent se lancer dans le sport : “il y a une grande solidarité et entraide entre nous, car on connaît les difficultés que nos consœurs rencontrent. Il y a une grande compréhension entre nous”. Selon elle, la représentation audiovisuelle féminine commence à évoluer et cela a beaucoup avancé grâce au documentaire de Marie Portolano, “Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste”, qui a permis d’éveiller les consciences. Mais “clairement, il faut continuer à travailler dessus, car il y a toujours des barrières pour l’émancipation des femmes”. 



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