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La liberté de la presse : un accès en recul partout dans le monde

Dernière mise à jour : 30 avr.

Partout autour du globe, la liberté de la presse est en déclin depuis plusieurs années, notamment à cause de crises géopolitiques ou politiques. 

Journal imprimé par une machine
Photo de Bank Phrom sur Unsplash

Le 29 juillet 1881 est votée la loi française sur la liberté de la presse, encadrant la pratique, donnant une colonne vertébrale à la profession. Cette loi, chère à tous les journalistes en France, est le symbole de l’importance d’informer le public, la justification de ce droit fondamental dans toute démocratie de rendre visible et digeste les informations pour les citoyens. Dans le reste du monde, cet accès varie en fonction des pays et est en recul visible depuis plusieurs années. Selon l’UNESCO, 85% de la population mondiale a connu une détérioration de la liberté de la presse au cours des cinq dernières années. 


C’est ce que nous vient appuyer le rapport annuel de reporter sans frontière, qui s’est donné pour mission d’observer et recenser l’évolution de la liberté de la presse dans le monde, ainsi que les conditions de travail des journalistes sur place. 


En effet, selon l’organisme, depuis le 1er janvier 2025, on décompte 6 journalistes qui ont été tués dans le monde, 100 qui sont portés disparus à ce jour, 54 sont otages et 529 sont détenus pour avoir exercé leur profession. En 2014, on comptait 25 pays dans le vert sur la carte, ils sont aujourd’hui seulement 8. Des chiffres inquiétants, d’autant plus que la menace qui pèse sur les journalistes ne s'accroît pas seulement comme on pourrait le penser dans les régimes autoritaires et dictatoriaux du Moyen Orient ou d’Afrique, mais également dans les pays se revendiquant en démocraties bien installées, en Europe ou aux Etats Unis. 


Un droit qui continue d’être menacé dans certains pays… 

Comme mentionné précédemment, l’accès à la liberté de la presse est en recul de part et d’autre du monde, même dans les pays dans lesquels il n’était déjà pas florissant. Ainsi, on constate notamment qu’en 2024, la Syrie a perdu 4 places au classement RSF, l’Irak 2 places, l’Erythrée 6 places et le Soudan du Sud jusqu’à 18 places. La Palestine est devenu le pays le plus dangereux pour les journalistes, tués par l’armée Israélienne malgré les tentatives de celle-ci de cacher ses actions. Dans tous ces pays, le statut de journaliste est très précaire, beaucoup sont faits prisonniers ou intimidés par le pouvoir en place. En 2014, 19 pays se trouvaient dans le rouge sur la carte, aujourd’hui, c’est 35 d’entre eux. 


Amin Arman, journaliste afghan exilé et menacé de mort dans son pays, raconte qu’il ne se sent plus en sécurité nulle part. “Je ne sais pas où aller pour protéger ma famille, c’est très angoissant de vivre dans ces conditions”; il explique devoir “prendre beaucoup de précautions à chaque fois qu’il rencontre une nouvelle personne”. En effet, depuis l’arrivée au pouvoir des talibans dans son pays en août 2021, le paysage médiatique a été décimé. En seulement trois mois, 43 % des médias afghans ont disparu. “Ma femme, une militante pour les droits des femmes, a été arrêtée sur un marché à Kaboul”. Plus des deux tiers des 12 000 journalistes que comptait l’Afghanistan en 2021 ont cessé leur activité, dont huit femmes journalistes sur dix dans la profession. Amin Arman se dresse en symbole de la résistance contre les talibans, exprime son souhait de ne jamais baisser la tête. “Je me battrais toujours pour la liberté de mon peuple, je ne céderai pas à la peur”. Le pays se trouve à la 178e place sur 180. “Depuis 2021, toute ma vie a basculé. Nous ne pouvons plus exercer notre métier, si on rentre, je sais le sort qui nous attend, ma famille et moi”, conclut le père de deux enfants.


Et qui le devient dans d’autres 

La carte de reporter sans frontière est sans appel : même dans les prétendues démocraties, l’accès à l’information et la sécurité des journalistes pour exercer leur profession sont de plus en plus fragiles. L’explication la plus plausible se trouve être la montée de l’extrême droite et des régimes conservateurs partout dans le monde. En Pologne ou en Hongrie, on assiste à un glissement spectaculaire illustrant bien ce phénomène, le premier ayant perdu 44 places depuis 2013, et le deuxième 24. 


D’autres pays basculent plus timidement, bien qu’on ne s’y attende pas, aux Pays Bas, le journaliste Peter R. de Vries a été assassiné en pleine rue en juillet 2021. En France, Ariane Lavrilleux, collaboratrice du site Disclose, a été arrêtée et mise en garde à vue pendant 39h en 2024. Elle qualifie cette démarche de très inquiétante, alors que des saisies à son domicile ont été opérées dans le cadre d'une enquête sur des atteintes au secret défense. Les journalistes français sont en effet de plus en plus la cible d’attaques et d’intimidations de la part de mouvances d’extrême droite ou complotistes, comme en témoigne souvent par exemple Salomé Saqué, qui travaille pour le média Blast. 


En Italie, pays gouverné par l’extrême droite, les journalistes se plaignent d’une tentative de la classe politique d’entraver la libre information en matière judiciaire par une “loi bâillon” – la qui s’ajoute aux procédures bâillons (SLAPP) courantes dans le pays. Cette loi vise à limiter le recours aux écoutes téléphoniques dans les enquêtes judiciaires et à empêcher leur publication, ainsi que celle des actes judiciaires, au nom de la protection de la vie privée. C’est donc un combat de longue haleine que mènent les journalistes à travers le globe, parfois au péril de leur vie, pour continuer d’informer, de mettre la lumière sur des sujets de société, à l’instar de Amin Arman ou encore Ariane Lavrilleux.

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